Dans sa version " noble ", l’instrument souvent très richement décoré est fabriqué par les luthiers et, selon que l’élément constitutif de leur caisse de résonance est une guitare ou un luth, la vielle sera dite plate ou bateau. Les vielles bateau sont en général plus grosses, plus puissantes, esthétiquement plus valorisantes, mais aussi plus chères !
Tout naturellement la vielle à roue, lointaine descendante de la symphonie et véritable instrument orchestre, deviendra l’un des acteurs essentiels des fêtes traditionnelles d’Aquitaine. Ainsi, du début du 19ème au milieu du 20ème siècle, sa présence et sa pratique sont largement attestées en Aquitaine, du haut de la Chalosse au Périgord, où elle prend divers noms comme sonsaina, somsaina, sonsèna, zonzèina, shonshaina, resseguet, vièla, viola… Par contre, à ces mêmes époques, elle semble avoir été absente de la partie Sud Gascogne, en particulier du Béarn.
La fabrication de cet instrument complexe dépasse le cadre d’un petit artisanat local. D’après Félix Arnaudin, collecteur landais de la fin du 19ème siècle, la vielle serait venue du Centre France avec les scieurs de long du Limousin, de la Marche, et d’Auvergne. Mais cette hypothèse semble trop réductrice, perpétuant ici le mythe de " l’Auvergnat joueur de vielle ". En fait ces bûcherons venaient se louer dans les Landes et portaient avec eux divers objets, dont des vielles, qu’ils revendaient localement. Mais, comparé à une vente par correspondance largement répandue, ce colportage opportuniste est vraisemblablement marginal. Ainsi, dès le début du 19ème siècle et grâce au développement du réseau ferroviaire français, la majeure partie des instruments des Landes et de Dordogne provenait de Jenzat, petite ville d’Auvergne qui comptait de très nombreux ateliers semi industriels de fabrication, ou parfois de Mirecourt dans les Vosges, ville célèbre pour ses luthiers. Comme d’autres productions manufacturées, les facteurs de vielle faisaient connaître leur production par l’intermédiaire de revues ou de catalogues illustrés, très bien conçus, et expédiaient leurs instruments dans toute la France. Un aubergiste vielleux de Retjons (Landes) s’était d’ailleurs spécialisé dans l’achat et la revente de vielles Pimpard
, ce qui explique l’extraordinaire densité de vielleux dans ce village de la Petite Lande et dans les villages à l’entour.