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Début 1900, les premiers modèles réellement utilisables par des musiciens étaient limités à une seule rangée mélodique à droite et quatre basses à gauche . Ces précurseurs sont diatoniques, mot qui recouvre habituellement deux notions distinctes : leur gamme est limitée (en " Do " ce serait celle des touches blanches du piano) et ils sont bisonores, la même touche donnant deux notes différentes. Comme cette gamme ne permet pas toujours de jouer le répertoire tel quel, les musiciens simplifient les mélodies trop complexes et leur accompagnement harmonique est minimal. D’autre part leur jeu en tiré-poussé, lié au caractère bisonore, impose une rythmique dont le caractère assez " viril " fait souffrir le soufflet en carton.


Instrument de musique fragile, mélodiquement limité, à la cadence un peu " raide "… cet accordéon a parfois du mal à séduire. "  Musique de porcs per ha dansa les truyes ! " disait à la fin du 19ème siècle un vieux berger landais cité par F. Arnaudin. Lui-même lui reprochait de remplacer progressivement les instruments indigènes dont l’usage " …persiste d'ailleurs plus ou moins dans quelques localités où n'a pas encore pénétré l'affligeant, l'odieux, le stupide accordéon,[…],cette atroce machine nouvellement importée… et qu'on entend maintenant geindre au seuil de chaque maison et dans tous les bals… ". Nous voilà bien loin des Salons parisiens !

Un tel accueil aurait pu être fatal, d’autant que l’instrument reste très incomplet et surtout peu solide, mais les facteurs d’accordéons savent l’adapter aux besoins des musiciens et aux modes nouvelles. Son mode de fonctionnement, très mécanique, facilite la mise en place d’une production industrielle qui se développe au cours du 19ème siècle, et quelques grands pays européens comme la France, l’Allemagne, l’Italie ou la Suisse se partagent le marché. Les premiers accordéons utilisés en Aquitaine étaient d’ailleurs souvent Allemands ou Italiens. Vers 1900, les fabricants proposent sur catalogue une gamme impressionnante d’instruments qui va du jouet pour enfant au modèle professionnel haut de gamme et dont le prix raisonnable, du fait de leur fabrication industrielle en série, leur permet de concurrencer facilement les instruments artisanaux. Ainsi, un accordéon diatonique allemand 1er choix, une rangée-8 touches, coûte entre 8 et 10 F alors qu’une boha vaut, en moyenne 15 F et une vielle Pimpard plate 70 F. Rapidement ce commerce est repris par des fabricants français, Dedenis de Brive-la-Gaillarde puis Maugein de Tulle, dont les accordéons deviennent incontournables au cours de l’entre-deux guerres. Solides, de bonne qualité, ils bénéficient en outre d’un système très performant de vente par correspondance et de distribution par la poste ou les chemins de fer.

De plus en plus solide, toujours accordé, puissant, l’accordéon est facile à transporter et à acheter, l’adjonction d’une seconde rangée mélodique permet un jeu " croisé " plus fluide qui traduit mieux la cadence des danses et ses huit basses améliorent ses capacités harmoniques . L’évolution des modes et du répertoire au cours du temps ne pose aucun problème à un instrument dont l’organologie suit ces changements. Ainsi il s’enrichit d’une troisième rangée mélodique, les basses se multiplient, passant de huit à douze…

Curieusement, cet instrument de musique, indissociable de la révolution industrielle du 19ème siècle et dernier arrivé dans les traditions musicales populaires, peut prétendre à la plus grande ancienneté puisqu’il utilise le même principe sonore que le cheng, un orgue à bouche déjà connu en Asie 3000 ans avant J.C. Mais son histoire officielle ne commence qu’en mai 1829, à Vienne, lorsqu’un facteur d’orgue, Cyrill Demian, dépose un brevet pour un instrument à anche libre possédant un soufflet et un clavier dont chaque touche produit un accord ; ainsi naît l’Accordion, père des futurs accordéons diatoniques et chromatiques. Un mois plus tard, un anglais, Charles Wheatstone, dépose le brevet de son Symphonium à soufflet, ancêtre du concertina.







































C’est en 1832, qu’ouvre à Paris un atelier où A. Reisner fabrique et améliore cette invention. Au cours du 19ème siècle ses capacités musicales et son esthétique évoluent, l’
accordéon romantique devient une œuvre d’art en bois précieux ciselé de nacre, aux touches en ivoire et aux soufflets colorés... Il devient l’instrument des Salons de la noblesse et de la bourgeoisie sur lequel on interprète, entre autre, Mozart et Rossini. Le roi Louis-Philippe lui-même achète un accordéon.


Fin 19ème, cet instrument d’intérieur, précieux et assez fragile sur lequel les musiciens jouent des valses célèbres ou des airs d'opéra, change à une vitesse étonnante et devient à Paris l’instrument à la mode dans les salles de danse, les bals populaires, les rues, les cafés… les passionnés se regroupent même au sein de sociétés musicales. Cet extraordinaire engouement parisien ne tarde pas à gagner la campagne et l’accordéon arrive en Aquitaine, comme partout ailleurs en France, bien avant la guerre de 14-18. De nombreuses cartes postales témoignent de sa présence en vallée d’Ossau vers 1900 où il accompagne le violon et le couple flûtes / tambourin .

Dernière mise à jour : ( 21-11-2007 )