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De toutes les cornemuses présentes sur le domaine français, la boha s’en distingue par son type organologique. En effet, elle est la seule représentante du type « clarinette », ce qui signifie que, contrairement aux autres cornemuses qui ont un tuyau mélodique avec une perce conique pourvue d’une anche double – comme le hautbois – le tuyau mélodique de la boha a une perce cylindrique et porte une anche simple, à l’instar de la clarinette.
Ce type de cornemuse n’est pas rare dans les pays de l’Est de l’Europe, aussi des questions se posent quant à d’éventuels rapports entre la cornemuse des Landes et celles de Hongrie et de Roumanie, notamment, cela d’autant plus que l’on constate des similitudes troublantes, non seulement quant au type organologique, mais aussi quant aux décors sculptés ou incrustés sur les parties en bois de l’instrument, entre autres choses.
Des questions se posent auxquelles il est difficile de répondre : y aurait-il eu contact entre les populations ? des idées semblables ont-elles germé en deux endroits distincts ? Entre diffusionnisme ou évolutionnisme, il est difficile de répondre, et même peut-être vain, mais le problème continue d’être posé, tellement la question des origines semble importante dans notre culture.

Quoiqu’il en soit, la boha possède comme toute cornemuse une réserve d’air confectionnée dans une peau d’animal, généralement de mouton ici, et qui porte deux souches en bois qui reçoivent pour l’une le bohet, c'est-à-dire le tuyau d’insufflation de l’air que le musicien met en bouche, et pour l’autre le pihet qui est l’essentiel de l’instrument.
Ce pihet, confectionné comme le bohet dans un bois dur, généralement du buis, mais aussi en cerisier, en houx etc… comprend deux perces parallèles. L’une porte 6 trous de jeux (5 devant et un à l’arrière pour le pouce) et l’autre qui en comporte un seul généralement. Ce second tuyau n’est donc pas à proprement parler un bourdon, comme on en trouve sur les autres cornemuses du domaine français, mais plutôt un tuyau d’accompagnement ou semi-bourdon si l’on préfère. Le tuyau mélodique permet de faire entendre une octave diatonique, et le tuyau d’accompagnement donne la fondamentale du tuyau mélodique lorsque le trou de jeu est ouvert, et dès lors qu’on l’obstrue, on obtient la quarte en dessous de la fondamentale. Les anches sont confectionnées d’un bloc dans un morceau de roseau ou de sureau, et quelques fois réalisées en deux parties : un socle en étain recevant une lamelle de roseau. On remarquera que le tuyau d’accompagnement pour un embout prolongateur nommé brunidé permet l’accord fin de ce tuyau.

Pour terminer cette description organologique, il convient de relever deux types de décorations sur les souches et les tuyaux mélodiques et d’insufflation : d’une part des incrustations d’étain à motif géométrique, qui permettent aussi de solidifier des points de fragilité, mais aussi des motifs xylographiés rehaussés d’encre de couleur rouge, verte ou noire. Lesquels motifs sont également géométriques mais aussi, parfois, figuratifs (oiseaux stylisés par exemple). Pour être complet il faut faire remarquer que les cornemuses anciennes retrouvées lors de collectes (un peu plus d’une quinzaine) permettent d’affirmer qu’il n’y a pas de tonalité déterminée. Si elles sont toutes situées dans le registre aigu, elles ne répondent pas à un étalon précis en ce domaine.

La cornemuse connue aujourd’hui sous l’appellation de cornemuse des Landes de Gascogne, porte différents noms en gascon : boha, bohaussac, qui retiennent le critère du souffle, ou bien encore chalemina (du latin calamus, tuyau, roseau), mais on trouve aussi les termes de bohica, ou encore plus rarement et essentiellement en Bazadais et Landes girondines bonlora, dont la racine latine lura, sacoche, fait référence au sac. Le terme gascon le plus couramment employé aujourd’hui est celui de boha.






























En ce début de XXI° siècle la cornemuse «landaise»
connaît un certain regain d’intérêt puisque les « bohaires » se comptent par dizaines dans le sud de la France, et même au-delà en France … et jusqu’en Australie. Elle anime des bals et participe à diverses manifestations de rue, mais peut aussi se produire en concert, ou se fixer sur des disques compacts. Si elle demeure encore la seule cornemuse du domaine français de type «clarinette », elle peut tout aussi bien évoluer par l’adjonction de bourdons, chez certains facteurs, par exemple, mais aussi par une augmentation du nombre de trous de jeu, pour l’obtention de certains chromatismes, par exemple. Bref, on l’aura compris, la cornemuse des landes est bien vivante aujourd’hui, pour le plaisir de tous.

Dernière mise à jour : ( 22-12-2006 )